Catégorie : Mémoires

Sortir de l’impasse constitutionnelle

Du point de vue constitutionnel le Québec et le Canada vivent sur du « temps emprunté ». Ils ont tous les deux, en effet, hypothéqué leur avenir depuis le début des années 80 en appliquant une chape de plomb sur les questions fondamentales que toutes les nations doivent un jour où l’autre se poser. Il y a eu une exception – importante il est vrai – à cette règle, les négociations initiées par le premier ministre du Canada Brian Mulroney débouchant sur l’accord du Lac-Meech, le « sabotage » de cet accord et la campagne référendaire de 1995.

 

Depuis le référendum de 1995 règne l’idée assez saugrenue que l’enjeu politique essentiel d’une société est de nature fondamentalement économique! Or, il est temps au Canada comme au Québec de travailler sérieusement à trouver des réponses politiques aux questions politiques, au lieu de reporter sans cesse à plus tard ces questions en espérant que des réformes économiques parviendront à la longue à les faire oublier et que, comme par magie, elles disparaîtront.

 

Dans le cas du Québec, l’une des premières questions politiques à laquelle il convient de s’attaquer concerne le statut de la nation québécoise et du Québec.

Trois options peuvent être envisagées :

 

1)    Le Québec demeure une province canadienne comme les autres avec quelques pouvoirs en plus pour tenir compte de sa spécificité;

2)    Le Québec refonde son association avec le reste du Canada pour obtenir des pouvoirs généralement réservés aux États indépendants ( à la manière du projet cher à René Lévesque qu’il appelait, la « souveraineté-association »);

3)     Le Québec devient un État complètement indépendant – celui de la nation québécoise − et séparé du Canada.

 

On peut imaginer d’autres variantes, mais le choix peut se ramener en réalité à deux options : le Québec demeure une province canadienne ordinaire ou le Québec devient un pays souverain (l’association étant une variante de l’option indépendantiste).

 

L’option 1 est dans une impasse depuis plus de quinze ans. Aucun gouvernement du Québec, souverainiste ou fédéraliste, n’a reconnu formellement la constitution canadienne. C’est d’ailleurs l’une des seules questions politiques fondamentales sur laquelle tous les premiers ministres du Québec se sont unanimement entendus depuis le rapatriement unilatéral de la constitution canadienne par le gouvernement dirigé par Pierre Elliott Trudeau en 1981.

 

Il va de soi que les premiers ministres souverainistes refusent de reconnaître la constitution canadienne. Il est moins évident que leurs homologues fédéralistes agissent de la même manière. Pourquoi en est-il ainsi? La première raison est qu’une telle reconnaissance serait tout simplement rejetée par la population du Québec et qu’aucun chef politique fédéraliste ne veut prendre le risque de s’y aventurer, d’autant plus que l’équivoque actuelle leur permet de gagner du temps. Or, les fédéralistes semblent croire – en tout cas certains d’entre eux – que le temps joue en leur faveur pour des raisons entre autres démographiques liées à l’immigration. Il peut sembler, en effet, que les nouveaux arrivants ne se rallieront jamais majoritairement au projet souverainiste et, qu’à la longue, l’option souverainiste pourrait s’effilocher et disparaître par elle-même. Cette approche teintée de cynisme est, semble-t-il, la seule sur laquelle puisse tabler le fédéralisme au Québec pour venir à bout une fois pour toutes du nationalisme québécois. Or, les Québécois méritent mieux que cela. Ils méritent de prendre eux-mêmes les décisions qui concernent l’avenir de leur nation. Autrement dit, il ne saurait être question d’entériner sans rien dire une telle stratégie politique à bon marché – du moins ce qui semble en être une – qui ferait de la reconnaissance de facto de la constitution canadienne l’équivalent d’une reconnaissance formelle et légitime au sens démocratique du terme. Cela n’est certainement pas une solution acceptable pour la nation québécoise.

 

Les Québécois sont, en effet, capables de décider par eux-mêmes de leur destin. Ils sont capables, en toute connaissance de cause, de fixer le statut politique de leur nation. Une nation avancée, démocratique, ouverte sur le monde et arrivée à l’âge adulte qui doit assumer la responsabilité de son avenir politique. C’est, selon nous, le sens de la parole célèbre de l’ancien premier ministre Robert Bourassa en 1990 : « Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. » Comme on peut le voir clairement ici, il ne saurait être question, même du point de vue d’un chef fédéraliste – en tous cas d’un chef de l’envergure de Robert Bourassa – de laisser à d’autres que les Québécois eux-mêmes le soin d’assumer le destin de leur nation. Robert Bourassa n’a sans doute jamais envisagé sérieusement l’option souverainiste, mais ses efforts pour réformer le fédéralisme canadien n’ont pas donné beaucoup de résultats.

 

C’est pourquoi il nous semble impératif aujourd’hui de briser l’impasse constitutionnelle dans laquelle se trouve le Québec depuis trop longtemps. Il est pour cela inutile d’espérer obtenir grand-chose d’une nouvelle ronde de négociation avec le gouvernement fédéral et les autres provinces pour une réforme en profondeur de la constitution canadienne[1]. Il est vrai que le Québec a pu obtenir quelques aménagements administratifs au cours du temps, dans le domaine de l’immigration par exemple. Mais, ce type d’aménagements ne change rien au fond des choses. Le Québec demeure privé des plus importants pouvoirs nécessaires à son développement, et normalement reconnus à une nation indépendante.

 

L’alternative devant laquelle les Québécois se trouvent placée est donc la suivante : d’un côté l’impasse constitutionnelle canadienne dont nous venons de parler, de l’autre l’affirmation nationale des Québécois et son aboutissement logique : la souveraineté du Québec. Le véritable enjeu politique du Québec se situe précisément là. C’est donc sur ce terrain que notre action devrait s’orienter.

 

Mais, cela doit être fait dans le respect des règles démocratiques et demandera donc une consultation populaire. D’ici là, le mouvement souverainiste doit se préparer. Il y a plusieurs choses importantes à faire, parmi celles-là se trouve la préparation d’une Assemblée constituante, dont la principale tâche serait de rédiger une constitution pour le Québec. Nous pensons que les États généraux sur la souveraineté, dans la deuxième phase de ses travaux, devrait contribuer à l’organisation d’une telle Assemblée constituante. Une tâche dont les tenants de l’économisme ne veulent pas entendre parler, car elle relève du politique. Ce travail est toutefois inévitable et les Québécois devront inéluctablement le faire un jour ou l’autre. Une nation ne peut vivre indéfiniment dans l’équivoque et les faux-fuyants. Les Québécois – et les Canadiens aussi d’ailleurs – méritent que leurs politiciens leur proposent des projets clairs, qui vont au bout de leurs idées.

 

Compte tenu de ce qui précède, voici comment nous proposons de répondre aux deux questions posées à la page 27 du document intitulé Quel avenir ? Province? Ou pays? et qui s’énoncent comme suit :

 

« Le gouvernement du Québec devrait-il, comme ce fut le cas entre 1982 et 1985, introduire systématiquement une disposition dérogatoire (disposition de dérogation) dans toutes ses lois pour se soustraire à l’application de la Charte canadienne des droits et libertés dans ses articles où cette disposition le permet?

 

Chaque fois que les intérêts supérieurs du Québec sont bafoués par une décision de la Cour suprême, est-il légitime que le gouvernement du Québec ignore ce jugement? »

 

Nous croyons qu’à ces deux questions, il faut répondre « oui ».

 

« Oui », car le Québec possède déjà une Charte des droits et libertés de la personne. « Oui », car le Québec n’a pas de leçons à recevoir du Canada en matière de droits et libertés. En effet, la Charte québécoise garantit, en plus des droits fondamentaux comme le droit à la vie, à la sûreté, à l’intégrité et à la liberté, le droit à l’égalité, les droits politiques, les droits judiciaires et les droits économiques et sociaux de tous les citoyens du Québec. Et « oui », parce que la Charte québécoise a été promulguée sept ans avant celle du Canada.

 

Il ne sert plus à rien de jouer aux chats et à la souris avec le gouvernement fédéral. Il n’est plus de mise non plus de se comporter comme un peuple enfant ou une nation adolescente. Une nation qui chercherait à déjouer les règlements que des parents qui ne parlent pas le même langage qu’elle – dans tous les sens du terme – tentent de lui imposer.

 

Il y a des faits inéluctables. Le poids politique du Québec au sein de l’ensemble canadien diminue dramatiquement. Rien n’indique un renversement de cette tendance. Au contraire, le centre de gravité politique du Canada se déplace vers l’Ouest. Par conséquent, cela influera – et influe déjà – sur nos capacités à peser dans la balance lorsque vient le temps de décider des politiques publiques fédérales s’appliquant au Québec. Il en ira de même pour nos capacités à influencer les futures interprétations de la Constitution canadienne ainsi que tout changement éventuel à cette Constitution… que nous n’avons toujours pas approuvée!

 

Devant cette perspective, nous pensons que le temps est venu pour les Québécois de songer à se donner à eux-mêmes leur propre règle fondamentale. C’est pourquoi nous proposons de nous atteler à une tâche beaucoup plus constructive et importante que de contourner la loi que tente de nous imposer le gouvernement fédéral depuis le coup de force dirigé par le premier ministre Trudeau en 1981, et de rédiger un projet de Constitution pour le Québec qui implique une participation citoyenne. En effet, la rédaction d’une Constitution décidée par l’Assemblée nationale seule pose de multiples problèmes, dont celui de la légitimité.

 

Une Constitution doit avoir un caractère permanent. Elle doit servir à faire fonctionner et stabiliser la nature de l’État. À rétablir la confiance publique dans les institutions, ce qui serait une excellente façon de tirer un trait sur le Printemps québécois, qui a cristallisé un certain bris de confiance. Une constitution existe pour enchâsser de grands principes, pour donner à un peuple des institutions politiques pour plusieurs générations et lui donner les moyens de se perpétuer dans le temps, d’exister en tant que sujet politique institutionnalisé. Ça ne doit aucunement servir à encadrer des choix d’orientations politiques ou de politiques sociales, que ceux-ci soient de gauche ou de droite. Il faut constitutionnaliser le statut des Québécois et non des programmes de partis pour éviter toute faille politique ou constitutionnelle.

 

Après deux référendums, il importe de crever un abcès qu’aucun parti indépendantiste n’ose véritablement crever et c’est celui du référendisme. En effet, pourquoi avancer dans un agenda référendaire dont la seule issue possible est la victoire ou le recul durable, l’indépendance ou le statu quo? Le problème du référendisme est qu’il place tous les Québécois dans une situation de mort subite. Le projet d’indépendance ne suscite plus de nouveaux appuis notables dans les intentions de vote, car les gens ne veulent plus en entendre parler. Et les gens ne veulent plus en entendre parler, car ils se sont brûlés les doigts à deux reprises, ils ont âprement goûté à la défaite et ils ont maintenant peur de perdre.

 

Cette façon de concevoir l’avenir est dangereuse et stérile pour l’ensemble du mouvement indépendantiste. Elle conduit plusieurs indépendantistes à une impasse discursive et politique, soit celle d’être indépendantistes sans l’être ouvertement. C’est exactement ce que reprochent les petits partis indépendantistes au vaisseau amiral de l’indépendance du Québec. La division du vote, qui génère une profonde insatisfaction pour tous les indépendantistes à la suite du vote du 4 septembre 2012, doit être considérée à ses causes plutôt qu’à ses conséquences.

 

Ainsi, le défi pour les indépendantistes est de concevoir une proposition qui ménage des issues et ferait tout de même avancer le Québec en cas de nouvel échec, qui permettrait à nos concitoyens de transcender les traumatismes de 1980 et 1995 et ne ferait aucun mystère de l’indépendance, des moyens d’y accéder ainsi que de ses conséquences. L’idée est de faire avancer le Québec en même temps que l’on remet le projet d’indépendance en route. Voilà une proposition décente et honnête intellectuellement.

 

Cette proposition est celle de remettre à tous les citoyens du Québec le véritable crayon du pays en tenant une élection constituante. C’est celle de donner la chance aux Québécois et à eux seuls de dessiner eux-mêmes leur avenir et de leur faire entièrement confiance pour cela. C’est l’idée d’organiser une assemblée constituante, fondée en légitimité populaire et ayant un caractère officiel, dont le mandat consiste à rédiger un projet de Constitution du Québec. Une Constitution décrivant les contours d’un nouveau régime politique, de notre citoyenneté, de nos valeurs, nos droits et obligations, de nos rapports entre nous et les institutions du Québec (les rapports entre les institutions aussi) aussi bien que de notre rapport comme citoyen avec l’État nouveau, avec le Canada, avec le monde. Une Constitution écrite en deux modes : une première partie exécutoire et une seconde partie déclaratoire. La partie exécutoire servant à codifier définitivement le Québec et à forcer le jeu d’un éventuel partenariat avec le Canada, souhaité par une partie importante de notre population. Dans l’éventualité très probable où cela ne se produit pas, la seconde partie, en transformant du coup ses clauses déclaratoires en clauses exécutoires, viendrait définitivement sceller l’indépendance politique du Québec. Donc, une proposition qui dans un premier temps assure de faire avancer le Québec. Et qui, dans un second temps lui confirme son indépendance politique.

 

Cette proposition doit faire en sorte que le projet de Constitution du Québec, une fois rédigé par l’Assemblée constituante soit adoptée par l’Assemblée nationale du Québec. Aussitôt, cette dernière doit déclencher un référendum en vertu de la Loi sur les consultations populaires du Québec et faire voter la population sur un projet de Constitution du Québec conçu par cette même population. Une fois adopté démocratiquement par un peuple québécois adulte et confiant en lui-même, le gouvernement du Québec doit décréter la primauté de la Constitution du Québec librement décidée sur celle du Canada, arbitrairement imposée.

 

Cette approche a plusieurs mérites. Elle fonde la légitimité populaire de l’indépendance par un acte fondateur légitime qui a une portée aussi importante qu’un référendum. Elle mobilise le débat public en le recentrant sur la question nationale. Elle suscite l’intérêt de la population autour d’un exercice démocratique de réflexion sur l’avenir du Québec. Elle donne aux citoyens du Québec certains pouvoirs de refonder eux-mêmes les liens et leur fait confiance. Elle évite que le processus d’indépendance ne soit identifié à un personnage central ou chef suprême. Elle offre une avancée concrète au Québec et oblige à l’obtention de compromis honorables pour tous. Elle offre une garantie concrète à tous ceux qui ne veulent pas donner de chèque en blanc au Parti québécois en utilisant les garanties mêmes du projet de Constitution du Québec.

 

Ce projet de Constitution du Québec ne veut pas dire qu’un seul projet de statut politique soit immédiatement privilégié. Nous pensons, au contraire, que les Québécois doivent examiner plusieurs avenues et discuter entre eux de ce qui leur convient le mieux. Ce travail n’a pas besoin de se faire dans la précipitation mais dans la confiance. Les citoyens québécois peuvent tourner à leur avantage la situation actuelle en étudiant calmement les différentes voies possibles. Nous avons du temps pour nous préparer et réfléchir à ce que nous voulons faire.

 

Il existe plusieurs modèles pouvant nous inspirer et nourrir nos discussions, certains proviennent de grands pays comme les États-Unis ou la France, mais d’autres sont issus de petits pays comme la Suède, le Danemark ou même la Suisse. Il nous est possible de considérer les traditions parlementaires britanniques que nous nous sommes appropriées avec le temps. Nous pouvons, à tout le moins, présumer que la grande majorité des Québécois voudront que leur régime politique soit démocratique. Le reste sera l’objet de discussions dont l’objectif sera d’arriver à un consensus suffisamment large pour que le projet de constitution puisse subir l’épreuve d’un vote.

 

Tous les citoyens québécois pourraient participer à un aussi grand projet, car il est possible maintenant de les consulter tout au long du processus grâce aux progrès de la technologie. Ce qui est nécessaire pour réussir, ce n’est pas tant l’argent ou le pouvoir, mais la volonté. Celle de construire les bases d’un nouveau pays démocratique qui prendra sa place aux côtés des autres nations et qui fera honneur à la nation québécoise.

Lettre à un ami « démissionniste »

Nous nous connaissons depuis l’université, bien avant la politique. J’avais l’ambition de devenir écrivain, j’ai choisi d’être journaliste. Tu te voyais député ou ministre. Tu es devenu économiste puis politicien… professionnel.

Plus jeune, nous avons partagé un rêve extraordinaire, celui de faire lever un pays. Ce n’est pas rien, vouloir faire exister une voix nouvelle et participer véritablement aux affaires du monde. Et insuffler à ce monde-là une partie de l’énergie qui nous caractérise, nous, les Québécois. Ça porte avenir et espoir. Et ça rapporte bien plus qu’une «économie de propriétaires» dans un pays où on ne s’appartient pas.

J’écris, «nous avons partagé», car depuis lundi, ce n’est plus le cas. Tu es devenu caquiste. Subitement. Sans trop avertir même «tes amis». Presque comme un voleur.

Et c’est ça qui surprend le plus, François. Toi dont je connais les valeurs. Ce n’est pas ton geste qui choque. Ce sont les mensonges que tu as répétés depuis le mois de mai à tes amis. Passe encore que tu mentes à Pauline Marois, passe encore que tu utilises un discours sur «tes valeurs» pour mentir, mais mentir à ses amis, c’est un peu se mentir à soi.

En mai, tu as réuni une dizaine d’amis pour réfléchir à ton avenir politique. J’étais du nombre. Je te vois encore annoncer à tous que tu n’irais jamais à la CAQ, que tu es «un homme de valeur», et que «les valeurs, c’est important en politique, c’est important dans la vie et pour moi». Finalement, c’était vraiment des bobards que tu nous racontais.

Ce discours sur les valeurs, tu l’as joué et rejoué tout l’automne à chaque fois qu’on te parlait de cette promesse. Tu as vraiment eu de belles valeurs en 2011, mon vieux. Tu étais beau à voir avec ta belle superbe. «Faites-nous confiance», écrivais-tu sous une forme de remontrances publiques à Jacques Parizeau, lui qui nous a presque mené aux portes du pays en 1995. Quel gâchis, vraiment.

De vieux souvenirs de notre longue amitié remontent maintenant à la surface pour mieux m’expliquer ce geste pour lequel tu as menti.

Comme ce jour où les enfants jouaient dans la cour d’un ami commun, à L’Assomption. En groupe, on discutait de l’avenir du Québec. On se demandait s’il fallait continuer de chercher à bâtir de nouvelles fondations ou se concentrer sur les murs lézardés de la maison québécoise? Indépendance versus réformes, telle était la question… ou encore les deux à la fois. Tu avais choisi alors les murs lézardés. Premier indice.

Me sont revenus aussi à l’esprit les nombreuses fois où tu tournais en bourrique les militants du Parti québécois qui parlaient le plus de faire un pays. «Ce sont des religieux, des dévots avec leur drapeaux et leurs macarons», disais-tu à l’occasion (je paraphrase). Encore lundi soir, quand nous avons eu une discussion orageuse après ton annonce publique, tu as de nouveau utilisé cette expression. Ces militants indépendantistes, qu’il soient au PQ ou ailleurs, lorsqu’ils se regardent dans la glace le matin, eux, leur conviction ne ment pas.

Une autre fois, tu m’as présenté Martin Koskinen, l’homme de main de François Legault. Sous un air de chic type se cache un autre briseur de rêves. Tu l’avais connu à Force Jeunesse. À l’époque où tu me l’as présenté, il travaillait pour François Legault, alors ministre. Je me souviens qu’il nous avait confié en groupe ne pas être indépendantiste mais plutôt fédéraliste et que son ministre le savait très bien. Ça m’a donné froid dans le dos de savoir qu’un ministre d’un gouvernement souverainiste embauchait du personnel qui se vante d’être fédéraliste. À partir de ce moment, je n’ai jamais arrêté de douter du cheval sur lequel tu avais mis toutes tes billes politiques. Quelle mauvaise monture que ce François Legault, me disais-je.

D’autant plus qu’au cours d’un de nos cercles de discussions, un participant qui le connaissait bien avait rapporté l’anecdote que François Legault, quand il était ministre de l’Éducation, se sentait intimidé par les «pédagogistes» du ministère au moment de préparer la réforme que l’on sait et leur laissait donc l’initiative en conséquence. Ça ne correspondait pas du tout à la vision que je me faisais d’un homme d’État ou d’un véritable réformateur. Et je t’en ai averti avec un ami. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je pourrais te citer presque les lieux et les dates de ces avertissements. On t’a répété à plusieurs reprises : «Legault est un mauvais cheval. Ne lui faites pas confiance. Il va vous abandonner ou vous perdre».

Si bien que, lorsque François Legault a évoqué des «motifs personnels», en 2005, pour ne pas prendre la suite de Bernard Landry, j’ai ri. J’ai trouvé ton roi un peu nu, un peu tristounet. C’est qu’il avait réuni toute une cour de soupirants politiques et d’ambitieux de tous ordres sans être tout à fait sûr de ses motifs personnels. Il avait une bonne poignée d’organisateurs, qui lui ont donné du temps, beaucoup de temps et ont mis leurs réseaux en action. Il a engagé des jeunes gens dans des voies dont il serait le premier à se sortir.

Or, en politique, on reste fidèle à ses principes et à ses militants. On ne les abandonne jamais. Seuls eux ont droit de nous abandonner. Legault, après avoir réuni tout ce monde, les a tous abandonnés avec leurs mietttes d’ambitions et d’espoirs. Comme un voleur.

Ce Legault t’a fait écraser beaucoup d’orteils, mon ami François, pour que tu parviennes à le hisser. Tu l’as fait avec zèle, ne lésinant pas sur les méthodes musclées. Beaucoup de gens t’ont détesté pour cela et te détestent encore aujourd’hui. Ce que j’en entendais des ragots à ton sujet. Tu faisais semblant de t’en balancer. Je me rappelle, tu disais souvent : «Je travaille avec le
prochain chef du parti et le prochain premier ministre, alors…» Politiquement, tu as payé très cher le prix de l’abandon de Legault et, moi, je lui en veux encore d’avoir fait ça à un ami. Tu es entré dans une période d’ostracisme. Tu as mis des années à t’en remettre politiquement. Peut-être n’en est-tu pas remis encore? Peut-être que oui. Qui sait? Sans doute que ta décision est une suite logique de cet abandon originel.

Ce que je sais est que tu viens de nouveau de te jeter dans la gueule du loup. Que tu travailles désormais non seulement avec Martin Koskinen, mais Gérard Deltell (ce monarchiste militariste) et peut-être demain avec Marlene Jennings, dont l’historique législatif à Ottawa est loin d’avoir aidé aux intérêts supérieurs du Québec.

Bien sûr, aujourd’hui, tu fanfaronnes. Tu dis qu’on t’a permis de garder l’étiquette de «souverainiste». Pour être souverain, ça oui, tu l’es. Souverainement perdu sur le plan politique. Quel gâchis, ce que tu viens de faire. Quelle tristesse de voir un enfant du pays, un enfant de la loi 101 de surcroît, devenir un apôtre du statu quo et du recul durable pour le Québec.

D’autant plus que comme député indépendantiste, tu avais la responsabilité de porter le projet. Comme député, tu es partiellement responsable des difficultés du PQ. Ces difficultés, ce sont aussi les tiennes. Et, aujourd’hui, en contribuant à couler le bateau plutôt qu’à le réparer, cela constitue une trahison de plus.

François, le danger qui guette tout homme politique est de perdre ses rêves. De céder aux caprices du pouvoir et de s’éloigner des idéaux qui l’ont mené au service public. Parce que la politique, c’est aussi une part d’utopie.

En abandonnant ses idéaux, l’homme politique transmet une perte de sens. Comme un père indigne qui persuade sa fille qu’elle n’a pas les moyens ou les facultés de devenir astronaute, médecin ou ingénieure. En effet, lorsqu’on échoue à ses propres rêves, les rêves des autres n’ont plus de sens.

Quand François Legault, auteur des Finances d’un Québec souverain, est entré en politique il y a 13 ans, c’était «pour faire des changements et non pour “gérer la continuité”» (voir Radio-Canada). Ce n’était certes pas pour devenir l’intendant d’un demi-État, ni faire des réformettes et des bouts de chemin à moitié ou espérer construire sans jamais avoir les véritables moyens de le faire ni d’en finir.

Au fond, le véritable changement que propose Legault, c’est l’abdication et l’abandon maquillés en statu quo. C’est ce qu’il y a derrière son discours sur la mort du souverainisme et du fédéralisme, voire la mort du politique. Il présente cela comme une fatalité. C’est commode pour promouvoir notre seule intendance administrative comme un changement, tel un appât. La seule fatalité qui nous guette est de se détourner de nous-mêmes, de perdre notre idéal de liberté, notre sens des responsabilités envers nous-mêmes, notre courage et notre grandeur ainsi que notre fidélité à nos rêves.

Tu présentes François Legault comme un nationaliste. Mais il n’est ni nationaliste ni autonomiste. Il est démissionniste. Après t’avoir abandonné en 2005, il nous abandonne tous pour quelques arpents de pouvoir passagers. Et toi, toi mon ami, tu y participes de plein gré.

La CAQ dit vouloir « solidifier les fondements de notre société ». Mais son programme n’a rien d’original : améliorer les soins de première ligne en santé (une promesse mille fois entendue), améliorer la formation des profs (sans véritablement agir sur les milieux), rehausser le financement des universités (mais selon leur performance), créer de la richesse et rembourser la dette publique avec les redevances sur les ressources naturelles (sans dire un mot sur le montant de ces redevances), soutenir la vie culturelle et la langue française (en laissant de coté les interventions fédérales dont celles de la Cour Suprême), etc. En bref, en plus de ne pas être original, c’est le vide idéologique total. Il n’y a chez Legault aucun projet de société, comme du temps de la véritable coalition péquiste. Non, le seul projet, c’est un projet de carrière pour ceux qui entrent à la CAQ. Et le prix d’entrée dans cette Coalition, c’est l’abandon de ses convictions. Il n’y a pas non plus chez Legault de vision de l’histoire, des valeurs et de l’avenir du Québec. Ce n’est qu’un programme politique « bouche-trous » qui consiste à s’attaquer aux problèmes de l’heure, les plus criants, les plus visibles. À preuve, il n’y a pas encore un seul mot sur l’environnement, qui est pourtant LE problème politique numéro un à long terme.

L’homme que tu admires est unidimensionnel. Il ne travaille que sur des enjeux administratifs et économiques. Il évacue tout le politique, l’historique, le philosophique, le culturel, le sociologique et le constitutionnel. Il laisse de côté toute nécessité de reconnaissance, de protection. Il parle de développement économique, mais il ignore les principes d’émancipation, d’égalité, de solidarité. En somme, ce n’est que de la compétitivité et du développement. Et encore, du bout des lèvres, il évoque la nécessité de décentralisation. Aucunement, il n’oppose à l’illégitimité canadienne la légitimité québécoise. Seul compte pour lui les solutions managériales devant les solutions politiques. C’est là où réside son véritable leurre. En effet, comment solidifier les fondements d’une société si on n’ose pas aborder de front justement les aspects fondamentaux de cette société-là?

Ton geste est d’autant plus choquant que tu choisis l’attentisme à l’action profonde. Tu choisis une formation qui propose 10 à 15 ans de statu quo avec le Canada, alors que ça fait 16 ans qu’on en vit un justement. C’est long 15 ans. Pense seulement à ce qui s’est passé de 1976 à 1990 pour une comparaison et ça te donnera une idée du vide abyssal dans lequel tu cherches maintenant à nous plonger.

J’ai une question pour toi : à quelle sorte de destin politique serait voué un peuple dont le seul projet collectif ne tient plus qu’à des questions d’intendance? Car mettre en veilleuse ces questions ne peut être sans avoir d’effet sur le destin politique de ce peuple. La subordination, la soumission ou la minorisation est ce qui attend tout peuple qui perd de vue, ne serait-ce que le temps d’un mandat, son destin national. La question nationale, si elle n’a rien d’urgent à vos yeux, n’en demeure pas moins importante. Et toutes solutions aux questions d’intendance ne trouveront leurs solutions qu’en elle. Ce qui se cache derrière les « vraies affaires », c’est une abdication face à notre destin.

La question se pose : qui a intérêt à voir le Québec écoper avec l’émergence de la CAQ, sinon ce Canada qui en a soupé des revendications du Québec? Ce qu’il faut mettre sur la glace, ce n’est pas la souveraineté, cher ami, mais le statu quo dans lequel on baigne depuis 17 ans et dans lequel vous voulez nous plonger pour encore quinze ans. Car ce statu quo, c’est le vrai problème des 40 dernières années.

Mon cher ami, je peux pardonner aux électeurs de voguer vers la CAQ parce qu’ultimement, c’est de notre faute s’ils le font. Mais je ne peux pardonner à un acteur que j’estime de premier plan, un ami de surcroît, de se détourner de cette conviction profonde et extraordinaire que représente l’idée puissante de faire un pays.

L’avenir constitutionnel du Québec, ce n’est pas une simple ligne de parti. Ce n’est pas une simple division partisane entre des partis qui défendent une autonomie du Québec au sein du Canada ou d’autres son indépendance. C’est de l’existence même de la nation, de sa projection dans le temps dont il s’agit.

Se soustraire de la question nationale, ce n’est pas une façon de la régler. On ne peut pas prétendre au «on verra» dans dix ans. Dans dix ans, alors que le Canada se construit sans nous, c’est le Québec qui poursuivra la lente déconstruction que Jean Charest a amorcée. Ce à quoi nous appelle François Legault n’est pas à une révolution, mais à une «Dévolution tranquille».

Et, toi, toi mon ami François, celui que j’aimais tant, c’est ce à quoi tu participes désormais.

Brisons l’impasse Manifeste du NMQ

Depuis le 2 juillet 2011, plusieurs citoyens envisagent de créer un mouvement politique voué à la réalisation de l’indépendance nationale. Ils veulent aussi rompre avec la dépendance énergétique, lutter contre la corruption et battre en brèche la ligne de parti. Ils se rencontreront le 21 août prochain à Montréal. Voici un premier texte qui vise à offrir un cadre de réflexion à la discussion.

La crise que traverse le mouvement souverainiste n’est pas banale. Elle cristallise la fin d’une époque et le début d’une nouvelle.Depuis 1995, il y a en effet beaucoup d’agitation dans notre vie politique, mais peu de mouvement réel. La joute politique partisane prend toute la place et, avec elle, le cynisme. Le Québec s’enfonce dans les scandales et la perte de ses repères. Le Canada ne semble plus se dire «What does Quebec want» mais «Who cares…» Il manque un objectif, un sens commun. L’État québécois se déconstruit.

Et voilà que, tout à coup, tout s’ouvre. Les Québécois se remettent au travail. Ici, ils veulent créer un groupe de réflexion, là un mouvement, ailleurs un parti. Dispersés, mais actifs, ils partagent un même souci : redonner une voix forte aux indépendantistes et les regrouper.

Devant ceux qui nous proposent le statu quo sous couvert de changement, l’autonomisme sous couvert de gouvernance souverainiste, le canadianisme sous couvert de fédéralisme; nous proposons aux Québécois de se donner un avenir autre que celui qu’une poignée d’intérêts cherchent à leur préfabriquer. Devant ce Québec au bout de toutes les impasses, nous offrons la chance de s’offrir un tremplin dans le XXIe siècle. À la peur de disparaître, nous opposons le désir de naître et de construire.

Proposer des solutions au Québec moderne est un défi emballant. Cependant, ça ne peut se faire sans poser tout d’abord les constats qui s’imposent.

( © 2008, Simon Beaudry / Collectif Identité québécoise. Drapeau Monolys, 72 po. X 48 po )

À propos de l’appât
Un mot sur le mouvement au moyen duquel François Legault tente d’appâter les Québécois. Selon lui, il nous faut « sortir du déni » et admettre que « ni un renouvellement constitutionnel qui satisferait une majorité de Québécois, ni la souveraineté n’adviendront dans un avenir prévisible ». Sa solution? Ne rien proposer. Aucune offre nationale.

Il leur parle de la nécessité de se doter d’une « économie de propriétaires » alors même qu’il est urgent de devenir pleinement « propriétaires de notre économie ». Or, seule l’indépendance nous rend propriétaires. Elle seule nous offre une prise de pouvoir de tous les centres décisionnels qui sont à Ottawa. Des entreprises qui s’installent au Québec et qui ne quittent plus pour Toronto. Des prises de position à l’OMC, sur la question des places boursières, des banques, de la crise financière, de l’environnement, de la mondialisation.

Le statu quo que suppose « la position Legault » offre à tous un fédéralisme rejeté par les fédéralistes québécois eux-mêmes. Une « sortie du déni » à l’intérieur du Canada, où les Québécois ne maîtriseront jamais eux-mêmes leur développement et leur économie et où la Constitution, un document que nous avons refusé de signer et qui influence pourtant tous les aspects de notre vie, est devenue impossible à réformer.

À propos du Canada
Il faut que ce soit entendu : malgré deux référendums, les fédéralistes québécois ont perdu leur bataille. Ils n’ont jamais obtenu l’accroissement de l’autonomie du Québec à l’intérieur du Canada, objectif avoué de tous les fédéralistes québécois depuis la Confédération. C’est moyennant une promesse d’autonomie que le Québec a adhéré à la Constitution de 1867. Devant l’impossibilité de réformer la Constitution, les fédéralistes québécois ne mettent plus de l’avant aucune proposition de renouvellement. S’ils le font, ils perdent. S’ils ne proposent rien, ils perdent aussi parce que l’évolution du Canada s’éloigne du fédéralisme véritable. Ils sont dans un cul-de-sac. Et nous aussi avec eux.

Les vrais gagnants des deux référendums, ce sont les Canadiens hors Québec. Via un gouvernement fédéral profitant des moments de faiblesse du Québec, ils ont développé le Canada à leur manière. Après 1980, ils ont nié le pluralisme national[1] et constitutionnalisé une diminution des pouvoirs du Québec, tout en limitant soigneusement la marge de manœuvre québécoise, en particulier dans le dossier linguistique. Ils l’ont fait en modifiant l’esprit de 1867, notamment avec l’insertion de la Charte des droits qui oppose à la notion de statut particulier la Cour Suprême, désormais seule juge des choix de société[2]. Après 1995, ils ont transféré à Ottawa les ressources et le pouvoir d’initiative, par une utilisation plus abusive du pouvoir de dépenser. Alors que les revenus autonomes du gouvernement du Québec ne lui accordent aucune marge de manœuvre fiscale, les Canadiens ont toute la liberté aujourd’hui pour intervenir quotidiennement dans notre développement et nos affaires.

Dans ce contexte, nos politiciens n’ont plus le choix. Ils se résignent à cesser de gouverner et se contentent d’administrer. Ils nous proposent des réformettes : dégager quelques millions par ci pour les réaffecter par là. L’inflation politique et médiatique nous présente ceci comme des révolutions. Personne n’est dupe : il s’agit d’une réforme administrative ou fiscale totalement amputée de sa dimension politique, qui ne changera rien au « cadre », ni à notre rapport avec le fédéral et le reste du Canada. Indépendance et gouvernance ne sont pas incompatibles.

La réflexion nationale n’est pas, comme l’affirment certains ténors fédéralistes, une invention moderne et portée par une seule génération. Déjà en 1893, Honoré Mercier affirmait dans son célèbre discours du parc Sohmer « que le statu quo est devenu impossible et que le moment de la séparation est arrivé. »

Plus d’un siècle plus tard, où en sommes-nous? Les arguments du « livre beige » de Claude Ryan sur un fédéralisme d’ouverture ont été superbement ignorés après la campagne référendaire de 1980. Le mémoire de la commission Bélanger-Campeau a fini dans les limbes. Le rapport Allaire a été dilué et abandonné par les fédéralistes québécois, puis récupéré et abandonné par les autonomistes de l’ADQ.

En somme, qu’il soit proposé de façon claire par François Legault ou en sourdine par le Parti Libéral du Québec (PLQ)[3], le statu quo est synonyme de recul perpétuel pour l’autonomie du Québec.

Où est le Parti Québécois?
Quant au Parti Québécois (PQ), il apparaît aujourd’hui usé, confus dans ses interventions et banalisé par le public et les médias à la moindre action qu’il pose.

Le monde a profondément changé depuis 1970, mais le projet souverainiste est resté sensiblement le même. Nous croyons que les ennuis qu’il connaît aujourd’hui ne tiennent pas seulement à sa (ses) direction et à sa militance, ni au véhicule ou à ses stratégies de communication. Le problème est plus profond et structurel : cette incarnation du projet souverainiste appartient à une autre époque.

Le concept de souveraineté, tel qu’il s’est rendu jusqu’à nous, a été développé à la fin des années 1960 après la nationalisation de l’électricité, la création de nos leviers économiques nationaux et du Ministère de l’Éducation. La République en était la suite logique. Mais avec une option qui démarrait à peine, la souveraineté fut mise de l’avant. Malgré des tentatives de définitions du régime et de ses valeurs, la priorité était de mobiliser, de vulgariser le pays et de faire grimper la popularité de l’option pour mieux mener ses tenants aux portes du pouvoir. Et tant pis si, au final, le concept de souveraineté s’arrête aux portes du régime. On le dessinerait rendu là.

Où en sommes-nous rendus aujourd’hui? Si l’option souverainiste a déjà grimpé jusqu’à 60 % en 1990, tout au long de la dernière décennie elle s’est maintenue autour de 40 %, malgré une chute lente et progressive de ses appuis.

D’élection en élection, d’année en année et de chefs en chef, les écarts entre les options souverainistes et fédéralistes se sont accrus, la fréquence des appuis à la souveraineté s’est étirée dans le temps et la possibilité de présenter à nouveau une offre nationale structurante aux Québécois s’est éloignée. Si bien que les souverainistes ne semblent plus chercher qu’à ménager des reculs, à en réduire la portée et l’espacement dans le temps.

Ce qu’il faut faire réapparaître, c’est un mouvement indépendantiste en tant que mouvement social. Aujourd’hui, le mouvement souverainiste n’en est plus un : il est un parti institutionnalisé. Si bien que le PQ se revendique désormais comme le seul porteur légitime de la « volonté d’un peuple ». Or, en démocratie, un parti n’est ni un peuple ni un État. À force d’étouffer tout ce qui n’entre pas dans ses structures, à force de mener une politique de traque à la dissidence, ce parti « s’autopeluredebananise » lentement. Il fait le vide autour de lui. Et perd des acteurs. Inutile ensuite d’essayer de les ramener en prétendant incarner le changement.

À propos de la gouvernance souverainiste
Manifestement, cette incarnation du concept de souveraineté semble mal vieillir. La meilleure preuve est la banalisation que les souverainistes font de leur propre offre, notamment avec le concept de gouvernance souverainiste de Pauline Marois.

En proposant de rapatrier des pouvoirs fédéraux, Pauline Marois veut remettre le Québec dans une logique d’accroissement de ses pouvoirs, histoire de nous faire faire plus facilement le chemin vers l’indépendance. Ce faisant, elle espère desserrer la camisole de force souverainiste et « réveiller » le sentiment identitaire.

Le problème est que personne n’est dupe. Le postulat est que seule une crise avec le Canada ferait gonfler l’appui populaire à la souveraineté à des niveaux comparables à 1990, après la mort de l’Accord du lac Meech. Ce qui est visé est un rejet canadien. On espère un ressentiment, une réaction contre le Canada plutôt que l’affirmation de notre existence. C’est un pays qui se ferait contre un autre plutôt qu’un pays qui se ferait par lui-même, pour lui-même et de lui-même. Voilà un autre excellent moyen de détourner la population du projet souverainiste. Dans ce Québec qui carbure à l’émotion, c’est tout un exploit d’avoir rendu la révolution inintéressante.

Mais ça ne suffira pas. Non seulement cette stratégie représente moins que 1995 et moins que Meech, c’est encore le partage des pouvoirs de 1867 qui en délimite les contours. Or, ce partage n’est plus fonctionnel. Il est si dépassé que son strict respect paralyserait à la fois le Québec et le Canada. De plus, dans un contexte où le gouvernement du Québec est pris à la gorge, un nouveau partage des pouvoirs ne nous permettrait pas plus de contrôler notre développement et nous donner un nouvel élan s’il ne s’accompagne pas d’un nouveau partage des revenus.

Pour résumer, en misant sur le rapatriement des pouvoirs et non sur la main-mise de l’ensemble des pouvoirs, le PQ banalise en quelque sorte l’idée d’indépendance et d’émancipation collective. Il la réduit à une formalisation de questions administratives.

Remplacer la peur par le désir de construire
Dans ce contexte, pourquoi chercher à construire sur le mauvais partage actuel des pouvoirs fédéraux? Pourquoi ne pas partir du Québec, de nous-mêmes, de nos forces, nos atouts, nos besoins, nos aspirations, faiblesses, intérêts stratégiques et défis?

Les Québécois doivent se révéler à eux-mêmes le mouvement qui les portera demain. « La souveraineté passe par tous les souverainistes », répétait Louise Beaudoin au moment de sa démission. « L’enjeu est qu’ils s’expriment collectivement ».

Et si notre devoir était de continuer la lutte, tout simplement. De s’affranchir un peu de cette « peur de disparaître » qui se cache derrière le « réveil identitaire », pour offrir véritablement au « désir de construire » le Québec l’occasion de s’exprimer pleinement pour une fois. Remplacer la peur par la confiance, tel est notre dessein.

Si, par exemple, nous décidions de relancer en 2011 notre lutte sur des termes nouveaux, on constaterait alors que notre base est plus forte qu’en 1967. Que jamais dans notre histoire nous n’avons été aussi tenaces dans l’opinion favorable que nous accordons à l’indépendance! Pourtant, contrairement à cette époque fondatrice des années 1960, tous réclament aujourd’hui du changement, mais plus personne n’offre de véritablement progresser, soit en bonifiant l’offre nationale, soit en refondant notre lutte et notre action commune.

Le changement qui nous rapporterait le plus n’est pas un ensemble d’actions sectorielles et fiscales, mais bien un changement au niveau de la structure de nos institutions les plus fondamentales. Ce changement demande une marge de manoeuvre politique. Or, la Constitution canadienne de 1982 est remarquablement rigide. Elle protège le Canada contre les « séparatismes », mais le rend vulnérable à tous les bouleversements sociaux, économiques, structurels et technologiques du 21e siècle. Nous en sommes là et, déjà, nous en vivons les conséquences.

Plus que jamais, c’est à nous d’être nous-mêmes face au reste du monde. De participer nous aussi à la conduite des affaires mondiales et d’être responsables devant l’ONU, l’OCDE, l’OTAN, l’OMC, le FMI, la Banque mondiale ou l’ALÉNA.

En effet, le Québec n’est pas une bulle isolée sur une planète qui a de grands défis à relever. Notre peuple est dynamique. Et nous disposons ici d’énormes atouts qui nous permettent d’être du côté des solutions et des gagnants. Or, quant aux défis de notre temps et du monde, le Canada et le Québec ont des intérêts opposés. Qu’il s’agisse par exemple des rondes de Copenhague ou de Doha, des politiques énergétiques ou de la participation à des opérations militaires internationales, de la culture ou de la sélection et l’intégration des immigrants, de la protection de nos industries et de notre peuple lors de crises économiques comme en 2008 ou de chocs pétroliers comme en 1973, nos chemins divergent. Ils ont toujours divergé.

Nous ne serons jamais maîtres chez nous tant que nous ne pourrons pas agir comme acteurs à part entière là où les décisions internationales qui nous concernent se prennent.

Comme l’écrit si bien Jacques Parizeau, « être responsable de soi-même, c’est dans le reste du monde qu’on le devient. Rester dans le Canada, c’est cela qui est un repli sur soi ». C’est renoncer à participer pleinement aux affaires du monde. À nous donc de contrôler toutes nos lois, tous nos impôts et nos traités internationaux et de cesser de nous prêter aux coutumes et à l’arbitraire des autres.

Ce que nous proposons
Devant la situation, notre groupe pose quatre hypothèses. Primo, se pourrait-il que l’idée même de la souveraineté, aujourd’hui banalisée et vieillissante, soit la source des nombreuses dissensions au Parti québécois? Deuzio, se pourrait-il qu’au moment de la définition du concept de la souveraineté, dans le dessein de ne pas trop faire peur aux Québécois, on ait dessiné une offre nationale qui ne va pas jusqu’au bout de son idée et dont l’une des stratégies était d’expliquer les mauvais plis du Canada? Tertio, se pourrait-il que les Québécois exercent une forme de liberté privée depuis 1995 par faute de liberté collective? Se pourrait-il qu’ils soient déjà dans une forme d’« après » et que notre seul devoir ne soit plus que de le codifier? Enfin, se pourrait-il qu’en concevant une offre nationale pleine et entière, construite pour nous et non contre le Canada, qu’une telle offre puisse rallier plus pleinement et entièrement les Québécois?

Ce que nous espérons soumettre à la discussion, c’est l’idée de donner la chance aux Québécois et à eux seuls de dessiner eux-mêmes leur avenir. C’est l’idée d’organiser partout à travers ce beau territoire qui est le nôtre des assemblées constituantes ayant un caractère officiel et de remettre à tous les citoyens le véritable crayon du pays. De leur demander de dessiner les contours d’un nouveau régime politique, de notre citoyenneté, de nos valeurs, nos droits et obligations, de nos rapports entre nous et les institutions du Québec (les rapports entre les institutions aussi) aussi bien que de notre rapport comme citoyen avec l’État nouveau, avec le Canada, avec le monde. C’est l’idée de faire adopter ensuite un tel projet par l’Assemblée nationale et démocratiquement par un peuple québécois adulte et confiant en lui-même. De faire adopter ensuite par le gouvernement du Québec une loi constitutionnelle établissant la primauté de la Constitution du Québec librement décidée sur celle du Canada, arbitrairement imposée. C’est l’idée de faire prêter ensuite serment d’allégeance à la Constitution du Québec aux juges et à tous les serviteurs de l’État.

Ce que nous espérons aussi soumettre à la discussion, c’est l’idée de se redonner des institutions dans lesquelles nous pouvons avoir confiance. Déjà parmi les plus taxés en Amérique du Nord, les Québécois en ont soupé de la corruption dans l’industrie de la construction, dans le monde municipal et dans le financement des partis politiques. Pourquoi, comme citoyens, ne pas faire le ménage nous-mêmes puisque les partis politiques qui nous représentent sont incapables d’y arriver?

Pourquoi ne pas chercher à introduire un mode de scrutin proportionnel qui n’enlèverait pas totalement la capacité à l’électeur de voter pour « son » député? Ou encore, pour mieux valoriser le rôle de ce député, pourquoi ne pas baliser la ligne de parti pour qu’elle ne puisse être invoquée par exemple que pour des questions liées à des engagements électoraux? Trop souvent le député doit faire le choix entre l’opinion majoritaire de ses électeurs et la ligne de son parti. Pourquoi aussi ne pas embrasser un système d’élections à date fixe, comme en Ontario et aux États-Unis? Ces débats doivent absolument être faits.

En somme, l’indépendance est notre porte pour véritablement entrer dans ce siècle. Elle nous donne l’occasion de nous présenter au monde pour ce que nous sommes et ce que nous pouvons lui apporter. De nous donner un gouvernement sur lequel on peut compter.

L’écrivain Pierre Vadeboncoeur craignait que le Québec soit en train de mourir. Certes, la vieille culture canadienne-française catholique a été brisée par la modernité et les Québécois ont voté deux fois contre leur indépendance nationale. Bien sûr, nous vivons depuis 1995 beaucoup de désorientation politique, une perte de contrôle de nos institutions et de nos ressources, une influence accrue de la société de surconsommation à l’américaine, un déclin de l’usage de la langue française; nous baignons trop souvent dans une mentalité de vaincus, dans l’isolement des individus, le relativisme intégral (tout se vaut et ne vaut rien) et la rupture avec notre passé. À nous de faire mentir Vadeboncoeur et prouver que le Québec est capable de se mobiliser pour un avenir commun, que sur le plan collectif nous ne sommes pas avachis. Que, conscients de ce qui nous est réservé si on poursuit notre route actuelle, la nation québécoise ne se laissera jamais dériver.

Nous, citoyens du Québec, nous proposerons une vision d’avenir pour nous-mêmes. Une vision de notre développement, du rôle que nous pouvons jouer dans le monde, des atouts que nous devons développer pour asseoir notre cohésion, notre progrès et notre développement. Au fond, la seule chose qu’on puisse faire de nous-mêmes, c’est l’indépendance. C’est à nous de rendre ce projet plus audacieux que maintenant. À nous de l’adapter au Québec d’aujourd’hui.

Le 21 août prochain, à 10 h, à l’auditorium du Cégep Saint-Laurent de Montréal venez discuter et débattre de vos idées. Elles sont nécessaires pour avancer. Il est grand temps de mettre nos efforts en commun.

Pour signer ce manifeste à votre tour.

[Liste des signataires]

Benoit Hamilton
Jean Grégoire
Mathieu Oligny
Mathieu Henri
Philippe Lafrance
Daniella Johnson-Meneghini
Marc-André Hade
Marc-André Roche
Catherine Dorion
Jocelyn Desjardins
Luc Lefebvre
Vladimir De Thezier
Gino Aspirot
Samuel Daigle
Yohan Beaulieu
Jean-Philippe Martin
Alain M. Bergeron
Marie Depelteau-Paquette
Jean Lavoie
Simon Beaudry
Mathieu Lavallée
Audrey R. Campeau
Normand Perry
Aude Leroux Chartré
Felix Deslauriers
Alexandre Alaoui
Danic Parenteau
Stéphane Sauvé-Boulet
Jean-François Joubert
Hugo Dufort
Alexis Charbonneau
Julien Gélineau Poirier
Gabriel Coté
Jossy Roy
Félix-Antoine Michaud
Marie-Andrée-Plante
Patrick Salomon
Philippe Maltais-Guilbault
Nicola Navratil
Julie Côté
Stéphane Dubé
Richard Lemoyne
Bruno Lavoie
Richard Paquet
Hervé Évrard
Daniel Perron
Gilbert Rochon
Pascal Henrard
Marie-Lise Tremblay
René Reid
Jean-François Robitaille
Leopol Bourjoi
Jean-Guy Archambault
Sylvain Martel
Mathieu Martin
Gilles Sagot
Michel Montembeault
Pierre Blais
Stéphane Cantin
Marc-Etienne L. Gaudet
Robert Hamer
Marc O’Brien
Guy Bergeron
Stefan Pomerleau
Jean-Luc Deveaux
Gérard Dubord
Jean-Claude Dignard
Pierre Miron
André La Boissonnière
Robin Rousseau
Carol Guay
Manon Dorion
Mario Berardino
Philippe Darisse
Daphné Poirier
Linda Roy
Louise Tanguay
Jonathan Guindon
Monique Bournival
Pierre Sirois
Betty Larose
Mathieu Gagné
Karl Payant
Philippe Croteau
Sylvain Paquette
Réal Morissette
Xavier Laporte
Patrice Racine
Doris Grenier Jeanson
Lise Sénécal
Antoine Bouchard
Alexandra Gagnon-Leblond
Normande Imbeault
Gérald McNichols Tétreault
Annie Laplante
Emil Michel
Claude Talbot
Frédéric Bélanger
Éric Bouchard
Julie Bergeron
Stéphane Tremblay
Alexandre Beaudry
Benoît Richard
Lucie Gariepy
Mario Gladu
Hubert Payne
Maxence Matteau
Yvon Decelles
Daniel Lévesque
Denis Villeneuve
Pierre Sirois
Loïc Bureau
Sébastien Olscamp
Gérard Jutras
Jean-Pascal Sarthou
Claude Dugré
Laurier Côté
Jean Alfred Renaud
Stéphanie Bissonnette
Frederic Demouy
Marc Ouellet
André Gignac
Jocelyn Parent
Pascal Roy
Yvan Lemire
Francis Ouellet
Francis Rompré
Stephane Desranleau
Alain Drolet
Guy Drouin
Caroline Lapierre
Myriam Comtois
Jeannine Estibal
Robert Lesage
Isabelle Jean
Marc-Daniel Boily Gagné
Martin Dubreuil
Olivier Savoie
Jean Vaugeois
Marcel Lepot
Irène Morin
Éric Laurence
Jérôme Dubé-Vallée
Charles W. Mathieu
Serge Dufour
Olivier De Ladurantaye
Sébastien Chabot
Jean Bernhari
Frédéric Guindon
Maurice Provencher
Vincent Gagné
Géraldine Poulin
Charles Lerhe
Jean Champagne
Claude Champagne
Suzanne Duval
Claude Bourgoin
Émilie Bisson-Yassa
Suzanne Charbonneau
Nicole Pelchat
Julie Côté
Yannick Duchesne
Raymond Kalomiris
Emilie Ladouceur-Bibaud
Charles Miquelon
Pierre Laberge
Marc Lorange
Johan Nachmanson
Gabriel Lainesse
Ariane Brien-Legault
Anne-Marie Beaudoin-Bégin
Luc Doyon
Jean-Charles Bernier
François Kirsch
Ginette Couture
Alexandre Grégoire
Emmanuel Audy
Jasmin Lachance
Claude Millette
Alain Moreau
André Bélanger
Marie-Claude Parenteau-Lebeuf
Christine Vaudreuil
Nancy Lavoie
Mathieu Catafard
Jocelyn Dupuis
Mikael St-Louis
Yvon Simard
André Croteau
Raymond Lambert
Gérald Joncas
Patrick Martin
Denis Fiset
Steve Brosseau
Simon Désaulniers
Maurice Paquette
Michèle Proulx
Lucile Roy
Julie-Andrée Rostan
Frédéric Roy
Sophie Bourgeois
Isabelle L’Héritier
Gaëtan Desjardins
Catherine-Amélie Côté
Sylvain Rondeau
Andréanne Lavoie
Jean-Guy Henley
Ghislain Taschereau
Serge Bélair
Bernard Campeau
Daniel Raunet
Alexandre Boulet
Hugo De Koulen
Bernard Campeau
Alain Lariviere
Annie Pouliot
Stéphane Renaud
Patrick Girardin
David Phaneuf
Gilbert Guevremont
Bernard Blondin
Jean-François Joubert
Pierre Schneider
Michel Ouellet
Marie-Colette Renaud
Jean-Luc Thibodeau
Dany Thibeault
Martine Gagnon
Gaston Gagnon
Maurice Savage
Guy Racicot
Sarah Désilets-Rousseau
Gabriel Laurin
Maxime Gagnon
Alain Thibault
Serge Savoie
Félix-Antoine Désilets-Rousseau
Michel Aubin
Hélène Desputeaux
Vincent Croteau
Jean-Philippe Payette
Jerry Beaudoin
Ariane Gagné
Andreanne Michon
Marie-Charlotte Aubin
Guillaume Labelle
François Paquin
Antoine Dubé

Richard Roch
Simon Lachapelle
Patrick Charpentier
Sébastien Paquin-Charbonneau
Jean-Francois Viger
Linda Smith
Annie Richer
Anne-Catherine Morel
Nicolas Asselin
Catherine Léveillé
Patrick Préville,
Jacques Lalonde
André Berthiaume
Maxime Blaquière
Julie Fay
Marie-Ève Houle
Denis Monière
Jean Lavoie
Louis Gravel
Jean Lord
Steve Tétreault
Myrianne Lemay
Robert Laforest
Bruno Beaudoin
Mona Martin
Mathieu Séguin Gionet
Marc-André Faucher
Pierre Laporte
Jocelyn Pitre
Stéphane Plourde
Pierre-Luc Gagné
Marilou Demers
Pascal Lebel
Fanny Juneau
Pierre Lagacé
Alexandre April
Sophie Turcot
Jean-Pierre Hébert
Dany Rondeau
Diane Leclerc
David Savoie
Jean Huot
Jocelyn Brunelle
Jérôme Boucher
François Gareau
Jean-Christophe Filosa
Sylvain Martine
Pierre-Luc Dionne
Patrick Simard
Louis Gravel
Michel Pascal
Noël Landry
Serge Robitaille
Louis-Philippe Tremblay
Alain Racicot
Daniel Lavoie
Olivier Laroche
André Rousseau
Patrick Therrien
JP Gilson
Francis Boucher
Flérienne Riverin
Pascal Tremblay
Raúl Padilla
Denise Legault Roy
Jean Fréchette
Paul Monette
Denis St-Hilaire
Olivier Ménard
Henriette Germain
Camille Pépin-Bernard
Mélanie Paré
Madeleine Allard
Diego La Manna
Stéphan Lord
Mathieu Teasdale
Philippe L’Écuyer
Gérard Allard
Richard Lahaie
Sylvain Boies
Richard Patry
Charles-Eric Haché
Michel Jean
Jean-Yves Paquin
Jean-René St-Pierre
Jacques Dubé
Jean Chartrand
Gabriel Coulombe
Lise Reid
Jean-Francois Pedneault
Daniel Hamel
Antoine Mourani
Janic Bacon
Lynda Benattar
Claude Lamarche
Yves Tremblay
Oviette Gauthier
Martin Lavallée
Nicolas Parent-Drolet
Patrice LLavador
Jacques Gagnon
Alain Duhamel
Ginette Archambault
Aline Martineau
Martine Normand
Maryse Latendresse
Pierre A. Vachon
Michelle Boily
Charles-Étienne Gill
Guillaume Ménard
Yannick Dufresne
André Dauphin
Serge Phillips
Benoit Aumont
Jocelyne Bellefeuille
Antonin Provost
Renaud Giraldeau
Éric Bélanger
Michel Lamontagne
Jonathan Bélanger
Fabienne Malenfant
Roger Rouleau
Kim Comeau
Alain Després
Philippe Long
Jacques Pilon
Jean-Marc Rioux
Alain Bouchard
Josée Maisonneuve
Nadine Lecorre
Pierre LaBuissonnière
Jean-Benoit Bédard
Lise Lafontaine
Pierre LaFrance
Josée Provençal
Patrice-Hans Perrier
Olivier Chauvin
Mathieu Marleau
Sammy Bessette
Sylvie Laniel
Simon Castro
Nathalie Montero Zubieta
Vanessa Charron-Morrisson
Colette Provost
Robert Jennings
Mario Bélec
Cathy Lepage
Richard Levasseur
Stéphane Biron
Robert Simard
Gilberte Boucher
Maurice Chaillot
Pierre A. Richard
Sylvie Bergeron
Claude Lavoie
Rémi Girard
Guy Jutras
Hélène Poulin
Jean-Charles Panneton
Jean Harel
Christian Charbonneau
Denis Trépanier
Jean Désaulniers
Claude G. Charron
Denis Pagé
Jean-Pierre Trépanier
Line Cadorette
Mélissa Lavoie
Rodolphe Ménard
Nicole Roy
Raphaëlle Auger
Hélène Mackay
Raphaël Dallaire Ferland
Christian Hottote
Bruno Archer
Adi Boisjoly-Marier
Nicolas Moisan
Michel Strecko
Isabelle Lussier
Michaël Dubé
Gaston Marquis
Caroline Jalbert
Eveline Tanguay
Monique Girard
Michel Couture
Eric Ramirez
Patrick Coppens
Yanek Lauzière-Fillion
Danièle Fortin
Justine Hérard
Julie Robichaud
Dominique Major
Hakim Chekired
Pierre Luc Trépanier
Philippe Lord
Clémence Demers
Novy Marin Gagné
Tony Lavoie
Benoît Leblanc
Geneviève Damasse
Linda Drouin
Jean-François Vallée
Denis Turbide
Nathalie Renaud
Martin Guralnik
Louis Aubin
Sébastien Séguin Dufour
Ted Lefebvre
Nancy Bélanger
Alexis Rochon
Benoit Fortier
Christine Robert
Daniel Couture
Dave Gagnon
Émilie Léveillée
Francis Dupré
Frédéric Lacroix-Couture
Frédéric Pierre
Gilles G. Gauthier
Jean Beauregard
Louis Dupont
Luc Boissonneault
Lucie Roy
Lynda Benattar
Marc Imbeault
Marie-Claude Sasseville
Mario Bergeron
Nancy Bélanger
Olivier Hugo
Patrick Beaulieu
Philippe Daigle
Philippe Solomon
Raymonde Dumont
Roland Pépin
Roland Perron
Sébastien Béliveau
Simon-Pierre Dupuis
Sylvaine Duguay
Vincent Fortier
André Véronneau
Ariane Desjardins
Pierre-Luc Benoit
Jean Vaugeois
Frédéric Demouy
Michel Cardinal
André Tanguay
Nicholas Belleau
Philippe Beaudry
Barry Ésau
Yannick Cormier
Manon Cadotte

Pour signer ce manifeste à votre tour.


[1] On parle ici du caractère biculturel et binational de la fédération canadienne, tel que pensée en 1867.
[2] Eugénie Brouillet, « La négation de la nation – L’identité culturelle québécoise et le fédéralisme canadien », Éd. Du Septentrion, Québec, 2005, 478 p.
[3] « Le fruit n’est pas mûr », selon Jean Charest.